lundi 16 mai 2011
Martin Parr: le Souk
Voilà un endroit sympathique: L'Institut des Cultures de l'Islam à Paris qui est jusqu'à l'ouverture du nouveau bâtiment rue Doudeauville avec sa belle architecture de prestige, installé provisoirement dans un vieux centre culturel de la mairie de Paris. C'est un peu le souk avec des murs délabrés, un café où l'on se sent aussitôt parfaitement à l'aise, des gens qui entrent et sortent bruyamment. J'imagine le nouveau (le Grand) centre en cours de construction: l'orient splendide des mille et une nuits avec tapis, vaisselle et arabesques qui est si éloigné de la Goutte d'Or que nous montre Martin Parr. Espérons que les architectes viennent faire un tour avant d'installer les nouveaux lieux! C'est toute la qualité de Martin Parr d'avoir vu que la Goutte d'Or n'est pas un Orient de pacotille mais un quartier d'avant garde qui nous montre le chemin de la ville de demain.
(The Goutte d'Or, photos de Martin Parr jusqu'au 2 juillet à L'institut des Cultures de l'Islam)
dimanche 15 mai 2011
Vers la lumière
A l'exposition des dessins de la Kunsthalle de Hambourg au Centre Culturel Néerlandais à Paris on peut voir deux paysages nocturnes. Celui de Barent Fabritius (frère de Carel) part d'une feuille grise, foncée davantage encore avec la pierre noire. Quelques touches de gouache blanche font éclater la lumière. L'autre est de Pieter de Molijn ( pas d'image disponible). Dessiner la lumière est une action contradictoire: la feuille est blanche, l'encre est noire. L’œil va vers la lumière, là où l'encre n'est pas. D'où le sentiment de victoire quand on a réussi a apporter la lumière en maniant la plume.
A la même exposition un retable somptueux de Jan van Scorel. Grand peintre. Je le garde pour une autre fois.
samedi 14 mai 2011
Cap sur Lampedusa
L'île de Lampedusa me fait penser au Prince Giuseppe di Lampedusa, l'auteur du roman Le Guépard. C'est à partir de ce livre que Luchino Visconti a fait son film. Symbole du raffinement, de civilisation dans ce qu'il y a de plus noble. Voilà où arrivent aujourd'hui les gens qui fuient misère et oppression quand ils ne périssent pas en mer.
L'exil, comme le montre le beau poème de Peter Huchel (dans: Gezählte Tage, recueil de 1972), est un lieu où l'on habite. On ne part pas en exil, on est chassé de son pays et on cherche, non pas un autre pays mais quelque chose d'étrange que l'on appelle "exil". Un lieu sans arbitraire, un lieu civilisé, en somme le pays du Prince de Lampedusa.
Exil
Am Abend nahen die Freunde,
die Schatten der Hügel.
Sie treten langsam über die Schwelle,
verdunkeln das Salz,
verdunkeln das Brot
und führen Gespräche mit meinem Schweigen.
Draußen im Ahorn
regt sich der Wind:
Meine Schwester, das Regenwasser
in kalkiger Mulde
gefangen
blickt sich den Wolken nach.
Geh mit dem Wind,
sagen die Schatten.
Der Sommer legt dir
dier eiserne Sichel aufs Herz.
Geh fort, bevor im Ahornblatt
das Stigma des Herbstes brennt.
Sei getreu, sagt der Stein.
Die dämmernde Frühe
hebt an, wo Licht und Laub
ineinander wohnen
und das Gesicht
in einer Flamme vergeht.
(travail terminé ce jour.)
dimanche 8 mai 2011
Vinayak Vora: Dilruba et Tarshenai
Le dilruba est un croisement entre sarangi (l'archet) et sitar (les frets). Le tarshenai est plus petit et rajoute une espèce de trompe.
Deux instruments inhabituels que jouait Pandit Vinayak Vora. Voici, pour commencer une cassette de 1990 (Magnasound C4HI0219) avec les ragasShri, Komaldhawi et Jhinjoti sur le dilruba et ragas Basant et Bhairavi sur le tarshenai:
Un vieux 33t avec les ragas Desh, Pahadi et Bhairavi joués au tarshenai(Polydor M24550004)
Sur une cassette Saaz raag aur Taal (CBS FCT 13012) j'ai trouvé deux morceaux du Pandit: Shobavari, joué sur le tarshenai, et Sorath, au dilruba.
Deux ragas joués au tarshenai: Puria Kalyan, jugalbandi avec un joueur de flute que je ne connais pas par ailleurs: Arvind Gajendra Gadkar suivi par raga Gawoti. Il s'agît d'une cassette: Swarashri GV 001. Une rareté!
http://www.mediafire.com/?z6b929pa1e65v
Situation Room
C'est dans une pièce appelée "Situation Room" dans la Maison Blanche que le président Obama et son équipe ont pu suivre en direct la liquidation d'Oussama Ben Laden. Pourquoi cette image? Aucune idée. C'est sortie comme ça. Pourquoi avoir rajouté ce beau poème de Paul Célan qui suit? Mystère.
Sink mir weg
aus der Armbeuge,
nimm den Einen
Pulsschlag mit,
verbirg dich darin,
draußen.
(Poème de Paul Celan dans le recueil Lichtzwang de 1970)
((Travail terminé ce jour)
mercredi 4 mai 2011
Paysage Parfait: Claude le Lorrain
Dans les premiers dessins de Claude Gellée (Le Lorrain) on voit un homme , dessinateur, qui dessine le paysage devant lui. C'est un motif que l'on voit souvent dans la peinture chinoise. Le dessin est une vision ostensiblement subjective de la scène. Le dessinateur est là pour bien montrer que ce paysage réel n'est pas forcément tel qu'on le voit sur le dessin, c'est un paysage inventé par celui que l'on voit dessiner. J'avais découvert ça en comparant la peinture chinoise (des montages escarpées qui sortent de la brume) et le paysage que voient la plupart des chinois en regardant par la fenêtre (une plaine sans fin). C'est tout à fait la même chose que l'on voit chez Le Lorrain. L’œuvre montrée est la représentation d'un paysage mental que celui dans le coin du dessin est en train de mettre sur la feuille.
Tout au long de sa carrière Le Lorrain rajoutera des hommes sur ses dessins et tableaux. Ils ne dessinent plus. Ce sont pourtant pas des figurants. Si l’œuvre est là, c'est grâce à eux. Le paysage sort de leur tête. Les tableaux et dessins sont des "natures vivantes" en oppositions aux natures mortes. C'est à force d'observer le paysage qu'on finit par habiter dedans.
(Exposition somptueuse "Le dessinateur face à la nature" au Louvre jusqu'au 18 juillet)
dimanche 1 mai 2011
Le colonel Kadhafi dans son bunker
Il y a longtemps
il y avait un mot
et quand quelqu'un
le prononçait
la terre s'ouvrait,
laissait passer
ceux qui voulaient
trouver refuge
dans le sous-sol
jusqu'au moment
où les dangers
avaient cessé
dans leur pays.
Je ne sais pas
si aujourd'hui
on voit encore
des gens qui sortent
de sous la terre
après une guerre.
On voit des corps
qui longent le sol,
que l'on s'apprête
à enterrer,
car de ce mot
personne ici
ne s'en souvient.
(travail terminé ce jour)
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