mardi 27 décembre 2011

Et où sont les urines d'antan?


George Hendrik Breitner était un bon peintre hollandais du début du 20e siècle. Je ne connaissais pas ses photos que l'Institut Néerlandais expose ces jours-ci. Des photos de militaires m'ont frappé. Je les garderai pour une autre fois. Pour aujourd'hui j'ai mis la photo en haut de ce billet. Regardez à droite. Un homme est en train d'uriner contre le mur.


Voici une autre photo, prise quelques instants avant ou après. Le même homme regarde si on l'observe. Il veut peut être uriner dans le canal. Il se ravise et va vers le mur de l'immeuble pour y déposer une des plus belles commissions de l'histoire de l'art.

(jusqu'au 22 janvier à l'Institut Néerlandais.)

Une belle brochette



Histoire ancienne du Japon. J'avais d'abord découvert cela chez Hokusai qui en a fait un dessin. Puis l'histoire originale que voici: Asanoshin prend son vol et, après avoir parcouru dans les airs quatre ou cinq mille lieues, atteint un autre grand pays, appelé le pays des Poitrines Creuses. Ses habitants, hommes et femmes, tous sans exception, avaient un trou dans la poitrine. Même les personnages de qualité, dans leurs déplacements, ne faisaient point usage de palanquin ni d'autre véhicule: on leur passait une perche dans le trou pectoral, et on les transportait de la sorte sans qu'ils en ressentissent le moindre mal. A tous les coins des rues, on voyait des manants qui, perche en main, guettaient les passants. Dès qu'il en apercevaient un, ils criaient: "Perchier, perchier!" tout comme au Japon l'on crie: "Palanquinier, palanquinier!" Asanoshin aurait bien voulu lui aussi se faire véhiculer de la sorte; mais comment eût-il fait, lui qui n'avait pas de trou à la poitrine!
(Furai Sanjin, trad. Hubert Maës)

Travail terminé le 23 décembre

jeudi 15 décembre 2011

Sniper


Je voulais d'abord intituler ce travail "Franc tireur". C'est le mot traditionnel. Pourtant "Sniper" fait plus inquiétant. Cet homme n'est pas "franc", caché derrière une meurtrière. Il est d'autant plus dangereux. Voici le poème qui figure à droite:

Ils allument
des feux.
C'est
la guerre.

Plus rien
ne tient
en place.

Voilà
que volent
les pierres!

Mais
c'est
en plumes

que
doucement
elles

retombent
sur
la terre.

(travail terminé ce jour.)

samedi 10 décembre 2011

Enfermé


A l'exposition des dessins de Giorgio Vasari au Louvre j'avais découvert un beau portrait de vieillard. La scène est biblique: "Autour du trône je vis vingt-quatre trônes, et sur ces trônes vingt-quatre vieillards assis, revêtus de vêtements blancs, et sur leurs têtes des couronnes d'or. " (Apocalypse 4 : 4). Voici le dessin de Vasari:


De retour à la maison je pensais à cet homme dans sa niche. Le résultat est en haut de ce billet.


Il y a
des murs
et je les sens.
Ça pousse
vers moi
comme pour
me dire:
Tu es vivant
mais
t'es dedans.

(Travail terminé mercredi 7 décembre)

mercredi 30 novembre 2011

Le temps passe


Heather, Mimi, Bebe et Laurie. (dans cet ordre) 1975

A l'excellente exposition de la collection Olbricht (mémoires du futur) j'ai découvert les photos de Nicholas Nixon qui, depuis 1975, prend chaque année une photo des quatre sœurs Brown. Bien sûr on voit les années qui passent et les traits qui se creusent. Ce qui me frappe surtout cependant sont les regards apeurés comme si c'est le photographe qui sonne l'heure.


1985


Mais est ce que ce n'est pas exactement le rôle de l'artiste d'être celui qui consigne le temps qui passe?

(jusqu'au 15 janvier à la Maison Rouge )

Plein à craquer


L'installation des Frères Chapuisat remplit tout l'étage du Centre culturel suisse. On a envie d'entrer dedans. Impossible. On peut faire un pas ou deux, pas plus. On voudrait marcher autour. Impossible. C'est une œuvre impénétrable. Du coup on est fasciné. Ce n'est pas le chaos. Loin de là. C'est un ordre étrange.
(jusqu'au 18 décembre au Centre culturel suisse dans le Marais.)

lundi 28 novembre 2011

La fosse


Pour accompagner un poème d'Antonin Artaud:

Le mauvais Rêveur

Mes rêves sont avant tout une liqueur, une sorte d'eau de nausée où je plonge et qui coule de sanglants micas. Ni dans la vie de mes rêves, ni dans la vie de ma vie je n'atteins à la hauteur de certaines images, je ne m'installe dans ma continuité. Tous mes rêves sont sans issue, sans château fort, sans plan de ville. Un vrai remugle de membres coupés.
Je suis, d'ailleurs, trop renseigné sur ma pensée pour que rien de ce qui s'y passe m'intéresse: je ne demande qu'une chose, c'est qu'on m'enferme définitivement dans ma pensée.
Et quant à l'apparence physique de mes rêves, je vous l'ai dit: une liqueur.

(travail terminée ce jour.)