mercredi 1 juin 2011

Villes ouvertes (Inde et France)


"Où en est l'Inde aujourd'hui?" est l'angoissante question à laquelle les commissaires de l'exposition au Centre Pompidou tentent de répondre. L'Inde, faut-il le rappeler, est ce triangle qui pousse contre l'Asie, créant par cette poussée même la chaîne de l'Himalaya.
La terre indienne est une vraie obsession pour ses habitants. Je ne connais aucun autre pays avec autant de lieux de pèlerinage, de lieux de purification. Les gens semblent habités par ce pays. Et des gens en Inde, il y en a beaucoup, et partout. C'est un pays, les lecteurs assidus de ce blog le savent déjà, que j'aime par dessus tout. Pour ces raisons-là sans doute. Il est important de savoir pourquoi on habite dans un lieu et pas un autre.
L'exposition "Paris, Delhi, Bombay..." semblent vouloir dire que l'art est une question de villes. La France étant Paris, on suppose qu'en Inde c'est pareil. Enfin presque car l'Inde a eu droit à deux villes ainsi qu'aux points de suspension. Ramener l'Inde à une ville, quelle bêtise! Surtout que les noms des artistes montrent une diversité bien plus grande. L'oubli de Calcutta doit faire réfléchir les Bengali sur les connaissances géographiques des commissaires (Madras, Bangalore etc. la liste est longue)
Enfin, il y a de belles choses à voir. Une superbe installation de Nalini Malani qui mélange dessins projetés et les reflets de trois cylindres en plastique peints qui tournent en permanence comme des moulins de prière. (photo en haut). Des bidonvilles en modèle réduit de Héma Upadyay, présentées à la verticale.


(j'en avais vu déjà à l'horizontale, c'était bien moins probant avec son côté maquette d'architecte), des devantures de magasin peintes d'Atul Dodiya (déjà vu a la belle exposition à l'ESBA il y a quelques années) Et les ossements humains, enveloppés dans un tissu satin et parés de perles d'Anita Dube (autre artiste déjà présenté à l'exposition des Beaux Arts de Paris, décidément, ils avaient le nez fin!)


(jusqu'au 19 septembre au Centre Pompidou)

dimanche 29 mai 2011

Du bon usage de l'encre (le Salon de Montrouge 2011)


Le salon de Montrouge 2011 a un côté accrochage de fin d'année aux Beaux Arts. Des œuvres mal fichues, mal accrochées, mal pensées. Puis de temps en temps il y a des choses intéressantes (ce qui tranche avec la moyenne des salons). On continue dans ce hangar où les médiateurs s'ennuient devant un public essentiellement constitué d'une classe de maternelle. Puis des choses franchement réussies. Des photos surtout. En regardant celles de Tiantian Xu, photographe chinoise, je pensais qu'il s'agissait de fumées mais en lisant le texte je découvre qu'il s'agît d'encre dans des bocaux, probablement agités vigoureusement. Photoshop a eu aussi son rôle a jouer sans doute. Enfin, il y a un effet rococo qui me plaît beaucoup.
(p.s. Je viens d'apprendre que c'est en faisant tomber des goutes d'encre dans de l'eau qu'elle obtient ce résultat et par ailleurs il n'y a pas le moindre trucage par Photoshop interposé. Des photos naturelles donc.)


Le deuxième travail de (Cécile Beau) montre un bassin rempli d'encre de chine d'où sort de temps en temps un bruit de goutte qui tombe (ploc). Le son crée des petites vagues. Dans le hangar de Montrouge une fine couche de poussière est tombée sur l'encre ce qui rend le travail encore plus attachant. (La photo vient de son site très intéressant.)
(Jusqu'au 1 juin, La Fabrique, Montrouge)

jeudi 26 mai 2011

Trop de traits


Il y a au Louvre dans la salle des "cartons" (les dessins préparatoires des tapisseries) des tables de présentation qui sont des vrais chefs-d’œuvre. Une vision parfaite, on peut se pencher sans déclencher l'alarme, l'angle est parfaitement étudié. Cela n'a l'air de rien mais quand on a pris l'habitude de se mettre dans des positions difficiles pour voir une œuvre sans reflets de vitre on apprécie le confort.
En ce moment le Louvre présente les dessins de Pietro da Cortona (1597-1669) et Ciro Ferri (1634-1685. Je connaissais le premier seulement et c'est le deuxième qui m'a beaucoup impressionné. La définition du style "baroque" m'a souvent posé problème. C'est une définition presque forcément négative. Baroque, c'est trop de tout. Pas assez sobre. Et en effet, il y a des traits partout. C'est comme le lait qui risque de déborder. Il s'agît de surveiller en permanence. Pourtant la maîtrise est totale. Le dessinateur sait s'arrêter. Voilà ce qui est le geste le plus difficile: il faut savoir lever la plume, se dire qu'un seul trait supplémentaire risque de tout faire rater. Ciro Ferri le savait.

(Au Louvre du 10-03-2011 au 06-06-2011)

mercredi 25 mai 2011

Dans le Ventre de la Baleine



Avalé par la baleine, Jonas passa trois jours à prier. Il fut régurgité sur la
plage. Histoire étrange d'un homme qui sort d'un ventre pour la deuxième fois. Pour
accompagner un poème de Vincente Aleixandre, extrait du recueil "La destruccion o
el Amor" dans une belle traduction de Jacques Ancet.


La Nuit

Fraîche rumeur éteinte ou ombre, le jour me rencontre.

Oui, comme une mort, comme un soupir peut-être,
comme un seul cœur, peut-être, avec des bords,
comme limite, peut-être, d'une poitrine qui respire;
comme une eau qui doucement encercle une forme
et convertit ce corps en étoile dans l'eau.

Comme le voyage, peut-être, de qui se sent emporté
vers l'ultime estuaire où nul ne se connaît,
où les dents sont seules à faire le froid sourire,
d'autant plus douloureux que les mains restent tièdes.

Oui. Je vis comme un être, car telle est la vie,
arrivant dans le vent, dans l'élan généreux
qui consiste à s'étendre sur la terre et attendre
attendre que la vie sot une fraîche rose.

Oui, ainsi que la mort qui renaît dans le vent.

Vie, vie battante qui en forme de brise,
en forme d'ouragan s'échappant d'une haleine,
berce les feuilles, le bonheur, la couleur des pétales,
la fraîche fleur sensible qu'est devenu quelqu'un.

Comme jeune silence, comme vert ou laurier;
comme l'ombre d'un beau tigre jaillit de la forêt;
comme le plan d'eau qui retient, joyeux les rayons du soleil;
comme la bulle vive qu'un poisson doré inscrit sur le bleu du ciel.
Comme l'impossible branche où l'hirondelle ne suspend pas son vol...

Le jour me rencontre.


(travail terminé ce jour)

lundi 23 mai 2011

Polyphonies de Géorgie


Il y a quelque chose de profondément civilisé dans la polyphonie. Toutes ces voix doivent se contenir, écouter les autres, éviter de se mettre en avant. Soudain me revient le besoin de retrouver cela: l'harmonie. Il y a plus de vingt ans, aux puces de Glignancourt, j'ai acheté un lot de LP's russes, marque Mélodia, avec de la musique géorgienne. Voilà un premier disque, le chœur Karélia, pour les détails, ceux qui lisent le Russe seront comblés. Les autres fermeront les yeux.

http://www.mediafire.com/?scf9vskblqbgy

jeudi 19 mai 2011

Le Liquidateur


Les liquidateurs nucléaires entrent dans les zones contaminées par les accidents nucléaires. Métier mortel. Pour accompagner, ce poème étrange d'Edmond Jabbès:


Le Pèlerin

Tu ne marcheras jamais assez
pèlerin perceur fou d'horizon
La terre apprise est une prison
Les barreaux sont les chemins comptés
Tu ne rêveras jamais assez
La mer l'ennemi est déraison
Mais le ciel le bleu ciel insaisissable
est un murmure contenu de pierres
amoureuses dont le temps fait des bornes

Poème dans: Le milieu d'ombre,(1955)

(travail terminé ce jour)

mercredi 18 mai 2011

Tal Coat, une fois pour toutes


En 2006, onze ans après sa mort, un incendie a détruit une bonne partie de l’œuvre de Pierre Tal Coat. Quand on connait sa démarche artistique, radicale et mystique, l'affaire prend des allures de sacrifice. Peu d'artistes sont allés aussi loin que lui dans la présentation du geste du peintre, comme si une vague de peinture avait couvert chaque toile. Mouvement précis, inévitable. On pense à Rothko, peut être un peu moins tranquille, moins zen. Enfin, chacun son registre.
En tous cas les expositions de son travail à Paris (deux ces temps-ci) montrent qu'il reste encore des belles choses à découvrir.
(L'image vient du carton de l'exposition à la Galerie Vidal Saint Phalle à Paris, exposition jusqu'au 15 juin)