dimanche 13 mai 2012

Tobit aveuglé par la fiente d'un moineau.




Je suis un dévot de la nuit: elle jette son voile
sur le palais des rois et la halte des vagabonds.
Le monde est un tableau où le grand jour découvre
trop de couleurs qui jurent, trop d'images hideuses.
D'affreux bijoux s'accrochent à l'oreille du désir,
de sinistres regards croisent l’œil de l'espoir.
L'une n'entend que propos vains et vils,
l'autre ne voit que sottise et bassesse.
O maudit soit le jour et le livre qu'il ouvre,
maudits ces bavardages et maudits ces bavards!...
Oui, en ces lieux où règne l'imposture,
j'aime encore mieux ne pas y voir.

(extrait d'un poème de Bâhar, poète iranien du 20e siècle: le repos de la nuit)
(Travail terminé ce jour.)

mercredi 9 mai 2012

Supplice mongol



Il y a bien des années au Centre culturel de Boulogne Billancourt j'avais vu une exposition des autochromes de la collection Albert Kahn sur la Mongolie. C'est un pays furieusement exotique et surtout très, très grand et vide. La photo en haut de ce billet, supplice d'une femme mongole, y figurait. La scène est terriblement cruelle, cauchemardesque. On avait le sens de la mise en scène de l'horreur à cette époque. On ne fait plus ça aujourd'hui, du moins je l'espère pour les Mongols.
A l'exposition qui a lieu dans les locaux du nouveau Musée Albert Kahn cette année on ne trouve plus de photos de ce genre. On y reste dans le registre de l'exotisme innocent, comme si la cruauté n'a jamais existé. C'est pourtant la description fidèle des civilisations du monde qui est à la base du projet d'Albert Kahn. C'est un peu dans cet esprit là que je livre ces photos ici. La cruauté doit être combattue, elle ne doit pas être cachée.


(L'exposition "Mongolie entre deux ères 1912-1913" dure jusqu'au 16 septembre.)

mardi 8 mai 2012

Toujours trop tard!


Le musée de l'Orangerie organise ces jours-ci une belle exposition autour de Claude Debussy. Contrairement à la Cité de la Musique qui voulait noyer Paul Klee dans la musique il y a quelque mois on voit ici comment la musique n'a pas besoin d'écouteurs pour être entendue. Les années entre la guerre de '70 et la Grande Guerre de 14-18, période d'entre deux guerres qui est curieusement connue comme "la Belle Époque", a été une période faste pour la culture française. Tout se passe un peu en sous-terrain. Les géants Victor Hugo, Balzac, Baudelaire, n'étaient plus là. Les impressionnistes avaient encore du mal à s'imposer, Mallarmé avait un tout petit cercle. Debussy n'était connu que de quelques amateurs. Tout cela prend fin avec l'avènement des géants du 20e siècle: Picasso, Stravinski, Apollinaire.
Il s'agissait à l'époque d'artistes modestes (mot à la mode!)dont la lumière ne vient que bien plus tard. Le tableau en haut de ce billet est exposé à l'Orangerie. Il est de Pierre Purvis de Chavannes, un tableau du Musée d'Orsay, d'où vient d'ailleurs la photo. Orphée a définitivement perdu Eurydice et il n'a plus qu'une dernière chose qui lui reste: la musique. La seule chose qui vaille. Un autre tableau du musée d'Orsay, datant de la même époque. La lamentation d'Orphée d'Alexandre Séon:


(Musée de l'Orangerie jusqu'au 1 juin 2012)

lundi 7 mai 2012

Le pénitent


Ce n'est donc
jamais fini,
ces voix qui crient:
"C'est bien!
Vas-y!
Tu tiens
le bon bout!"
Ça me mène où?

(Travail terminé ce jour.)

L'arbre de caoutchouc

L'exposition "Voyage, voyage" à la Maison de l'Amérique Latine est terminée. Trop tard donc pour voir l'arbre en caoutchouc d'Alberto Baraya dont une branche "la branche L" était exposée. L'idée du départ était de présenter un arbre dans sa totalité. J'ai retrouvé sur le net cette photo:
Il s'agit de faire un moulage de l'arbre puis d'aplatir la forme ronde sur une surface plane. Le résultat est saisissant. Étrangement réel. A la même exposition une vidéo assez décevante de Fernando Prats dont le travail avec les cendres volcaniques m'avait beaucoup plu. Des pingouins qui se promènent autour d'un néon au pôle sud. Je n'aime pas les néons.

samedi 5 mai 2012

Yael et Sisera

Sois bénie plus que les femmes Ia'el, la femme de Hèber le Qéini; plus que les femmes dans la tente, sois bénie! Il demande de l'eau, elle lui donne du lait. Dans le bol des majestueux, elle lui présente le babeurre. Elle lance sa main sur le piquet, sa droite au martèlement des trimard, et elle martèle Sissera, elle lui fracture la tête; elle le mutile, elle lui troue la tempe. Entre ses jambes, il ploie, il tombe, se couche. Entre ses jambes, il ploie, il tombe et là où il ploie, là il tombe, razzié! (Juges 5,24_27, traduction d'André Chouraqui) (Travail terminé ce jour)

samedi 21 avril 2012

Un vers après l'autre

Depuis des dizaines d'années j'ai cette photo dans mon atelier. Ce sont deux bardes finnois qui récitent ensemble des chants de l'épopée nationale: le Kalevala. Ils se tiennent par les deux mains et se balancent aux rythme des vers. Si l'un des deux a un trou de mémoire, l'autre prend le relais. Quand j'écrivais mon roman "La Chanson de Roland", livre qui traite justement des chants épiques, je regardais cette photo tous les jours. C'est tout l'art épique qui est là: je cherche le vers qu'il faut et si je ne trouve pas, un autre le trouvera. Le mot qu'il faut est forcément quelque part. Il suffit de s'en souvenir. Les mêmes bardes se trouvent sur une autre photo. Des hommes admirables, exemplaires:
A l'exposition d'Akseli Gallen-Kallela au Musée d'Orsay on voit les illustrations du Kalevala ainsi que des très beaux paysages, des tableaux souvent réussis mais enfin, les têtes de ces deux bardes me parlent davantage, ils ne font pas de l'art. Il le vivent. (L'exposition Akseli Gallen-Kallela est au Musée d'Orsay jusqu'au 6 mai)